Entre chien et loups - d’après Lars von Trier

Par denisphoto, 3 mars, 2022

Je n’aime pas beaucoup le théâtre « militant » où le public, pris à témoin, doit subir les proclamations de comédiens qui, croyant ne pas assez se faire entendre, crient et surjouent leur partition avec la conviction qu’il y a urgence à la faire entendre. C’est ce que j’ai dû supporter tout au long de cette pièce faite de juxtapositions de situations assez banales et décousues, mais prétexte à diatribes aboyées comme injonctions catégoriques. Il a fallu attendre le monologue du dernier tableau pour entendre des propos cohérents, énoncés sobrement dans la langue maternelle de la comédienne brésilienne, pour vivre un court mais beau moment de théâtre. Les mots prononcés ont pu infuser en moi — alors que je ne pouvais en saisir que la traduction surtitrée —, parce qu’ils se formaient dans la chair d’une comédienne meurtrie elle-même par une vérité indubitable. Cette voix fragile et sincère, nous racontait l’insidieuse montée du fascisme qui a sommeillé quelque temps dans un Brésil insouciant avant de le submerger tout entier. Quel rapport avec la pièce ? Il m’a sans doute échappé, mais le rapport avec la situation de notre pays m’a paru évident. Le fascisme sommeille chez nous dans l’ombre d’un régime déliquescent. Malgré le raffut de la mitraille déclenché par les Russes, dont on nous rebat les oreilles à longueur d’antenne, l’ennemi ne se trouve pas là-bas, mais bien dans notre propre pays et, peut-être aussi, dans notre propre esprit, si on le laisse s’assoupir dans le bredouillis pernicieux de la pensée mainstream.

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