Voyage à Rome

Par denisphoto, 13 juin, 2012

Quelques photos, un bref passage aux urgences hospitalières, où deux avenantes carabines m’ont administré une bonne dose de Cordarone pour résorber la crise de FA qui s’était déclenchée de façon intempestive au petit matin, et, soigneusement noté dans mon journal, le programme de nos visites : voilà ce qu’il me reste de notre voyage dans la Ville éternelle en juin 2014. 

La Rome antique, la fontaine de Trévi, la villa Médicis, la place Navone, le Panthéon, la villa Borghèse, le Vatican et sa basilique Saint-Pierre, Santa Maria Maggiore, Sant’Ignazio di Loyola, le Campo de’ Fiori, la villa Farnesina, les thermes de Caracalla, le Circo Massimo, le portique d’Octavie. Somme toute, une liste assez complète de tout ce qu’un touriste moyen peut avaler en une semaine dans la capitale italienne. Il faut quand même ajouter — les souvenirs me reviennent à mesure — l’étonnant défilé pontifical qui s’est déroulé sous nos yeux ébahis dans la soirée du 7 juin. 

Alors que nous rentrions à notre hôtel pour y faire une petite pause avant de partir à la quête d’un restaurant où nous pourrions dîner, notre attention fut attirée par les nombreux badauds qui se pressaient derrière des barrières installées le long des rues menant à notre hôtel. Renseignements pris, ces gens attendaient le passage du pape, qui se rendait en procession à la basilique Santa Maria Maggiore, propriété vaticane hors les murs, où il venait une fois l’an célébrer la messe. Nous ne voulions pas, bien entendu, rater cet événement, assez ordinaire pour les Romains qui, malgré tout, poireautaient là en nombre depuis un long moment, et qui, pour nous, touristes de passage, revêtait un caractère exceptionnel. Nous avons donc attendu le passage du cortège, bavardant tant bien que mal avec la population locale. Tandis que la nuit commençait à tomber, apparurent, dans une longue suite protocolaire, les chevaliers du Saint-Sépulcre, les confréries catholiques, les associations eucharistiques — drapeaux, oriflammes et banderoles en tête —, puis les enfants de chœur, les séminaristes, les religieuses, les prêtres, les évêques, les archevêques, les cardinaux et enfin, juché sur un attelage improbable — une sorte de chariot rustique surmonté d’un dais et tracté par un rutilant 4×4 —, le Saint-Père, assis sur un fauteuil et drapé dans sa glorieuse robe immaculée. Au gré des saillies de la route, il ballottait sur son char comme une figurine de marbre, ou plutôt de carton-pâte, à la manière d’un géant que l’on promène les jours de carnaval. Agenouillés derrière lui, deux princes de l’Église priaient et veillaient à la stabilité de l’ensemble. Tout cela paraissait si irréel, si hors du temps et, il faut bien le dire, un peu grotesque, que nous nous pincions pour vérifier que nous ne rêvions pas. 

Après que le convoi se fut engouffré dans l’édifice sacré, nous sommes partis dîner. Nous n’en étions pas encore au dessert qu’une rumeur soudaine se propagea dans la rue en contrebas de la terrasse où nous étions attablés. Les convives — et nous à leur suite — se levèrent précipitamment pour aller voir ce qui se passait. Nous avons alors aperçu une berline hors d’âge, mais qui avait encore belle allure, s’avancer lentement dans la rue, flanquée de quatre « hommes-cravates » que nous avons identifiés comme les gardes du corps de Sa Sainteté, car des « Il Papa… Il Papa » se murmuraient autour de nous. L’illustre passager, enfoncé sur la banquette arrière du véhicule, agitait nonchalamment la main à l’attention du bon peuple de Rome. En réalité, il n’y avait, massés sur les étroits trottoirs, que quelques fêtards en goguette, des touristes étonnés par ce remue-ménage et, habitués à l’apparat désuet des déplacements pontificaux, les boutiquiers de la nuit sur le point de baisser leurs rideaux. Pour regagner ses pénates, Benoît XVI, après une rude journée de labeur, avait troqué son char moyenâgeux pour sa confortable automobile. 

La voiture disparut dans les ruelles de la ville, et nous sommes allés terminer notre repas, échangeant avec nos voisins de table — des Autrichiens, je crois — des exclamations d’incrédulité et de stupéfaction. Venions-nous vraiment d’apercevoir le véritable pape dans l’exercice ingrat de son ministère, ou ne s’agissait-il que d’une doublure recrutée pour le tournage d’un film, ou d’une animation municipale destinée à divertir les touristes ? Nous n’en saurons jamais rien, mais toujours est-il que ce fut une mémorable soirée.

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